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Licence logiciel d’occasion : est-ce légal en France et en Europe ?

Réponse rapide

Oui. Dans l’Union européenne, la Cour de justice (arrêt UsedSoft, affaire C-128/11, 2012) admet la revente d’une licence logicielle perpétuelle, à condition que le premier acquéreur cesse de l’utiliser. La licence doit avoir été vendue une première fois dans l’Union européenne ou l’Espace économique européen. Cela ne vaut pas pour un abonnement, ni pour une clé détournée. Gardez la facture : c’est votre preuve.

  • Le principe : quand un éditeur vend une licence perpétuelle, il ne peut plus s’opposer à la revente de cet exemplaire. C’est l’« épuisement du droit de distribution ».
  • Les textes : directive européenne 2009/24/CE sur les programmes d’ordinateur (article 4, paragraphe 2) et, en France, article L122-6, 3° du Code de la propriété intellectuelle.
  • Les conditions : licence perpétuelle payée, première vente dans l’Union européenne ou l’EEE, copie du vendeur rendue inutilisable, pas plus de droits que la licence d’origine.
  • Hors du principe : abonnements (Microsoft 365), clés générées ou copiées, étiquettes de licence détachées de leur ordinateur, licences vendues d’abord hors d’Europe.

Ce que dit la Cour de justice de l’Union européenne

Dans l’arrêt Oracle contre UsedSoft (affaire C-128/11, 3 juillet 2012), la Cour juge que lorsqu’un éditeur vend une copie de son logiciel avec un droit d’usage sans limite de durée, il ne peut plus s’opposer à sa revente. C’est le principe d’« épuisement du droit de distribution ».

La Cour précise que cela vaut aussi pour un logiciel téléchargé, et pas seulement pour un logiciel vendu sur un support physique. Le nouvel acquéreur devient un « acquéreur légitime » : il peut installer et utiliser le logiciel conformément à la licence d’origine.

Ce que disent les textes

TexteCe qu’il prévoit
Directive 2009/24/CE, article 4, paragraphe 2La première vente d’une copie d’un programme dans l’Union par le titulaire des droits, ou avec son consentement, épuise le droit de distribution de cette copie dans l’Union, sauf le droit de contrôler la location.
Code de la propriété intellectuelle, article L122-6, 3°La première vente d’un exemplaire d’un logiciel dans un État de l’Union européenne ou de l’EEE, par l’auteur ou avec son consentement, épuise le droit de mise sur le marché de cet exemplaire dans tous les États membres, sauf le droit d’autoriser la location.
Accord sur l’Espace économique européenLa directive s’applique aussi en Norvège, en Islande et au Liechtenstein.

Les conditions, une par une

ConditionCe que cela veut direCe qu’on peut vérifier
Licence perpétuelle, achetée contre un prixUn droit d’usage sans limite de durée. Un abonnement (Microsoft 365 par exemple) n’est pas concerné.Le type de licence indiqué par le vendeur et sur la facture
Première vente dans l’Union européenne ou l’EEEL’épuisement ne joue que pour un exemplaire mis sur le marché européen par l’éditeur ou avec son accord.L’origine européenne déclarée par le vendeur
Le premier acquéreur cesse d’utiliser sa copieIl doit rendre sa copie inutilisable au moment de la revente.L’activation : une clé déjà utilisée ailleurs est en général refusée
Pas plus de droits qu’à l’origineLa Cour exclut de scinder une licence qui couvre un serveur et ses utilisateurs pour en revendre une partie.Le nombre de postes couverts par la licence
Une origine traçableLa licence doit provenir d’une vente régulière.Une facture, et pour une entreprise, ce que le vendeur peut fournir sur la provenance

Ce qu’ont dit les juges depuis 2012

DécisionCe qu’elle retientPortée en France
Cour de justice de l’Union européenne, Tom Kabinet, 19 décembre 2019 (C-263/18)La revente de livres numériques n’est pas couverte par l’épuisement. Les logiciels relèvent d’une directive spéciale, ce qui maintient la solution UsedSoft pour eux.Directe
Cour fédérale allemande (BGH), 11 décembre 2014 (I ZR 8/13)Admet la revente séparée de licences acquises en volume, si le nombre total d’utilisations ne dépasse pas celui de la licence d’origine.Indirecte (décision allemande)
Royaume-Uni, Competition Appeal Tribunal (12 novembre 2025) et Court of Appeal (7 juillet 2026), ValueLicensing contre MicrosoftL’épuisement s’applique à Windows et Office ; les clauses contractuelles ne l’empêchent pas ; la restriction sur le découpage vise les licences client-serveur.Indirecte : décisions britanniques, sans force obligatoire dans l’Union

Ce que cela ne couvre pas

  • Les abonnements : une licence Microsoft 365 ne se revend pas.
  • Les clés copiées, générées ou extraites d’étiquettes de licence détachées de leur matériel. Aux États-Unis, un revendeur d’étiquettes détachées a été condamné à de la prison en mars 2026.
  • Les clés à usage restreint (éducation, abonnement, version d’évaluation).
  • Les clés génériques publiées par Microsoft pour l’activation d’entreprise (KMS) : elles ne donnent aucun droit d’usage.
  • Les licences vendues une première fois hors d’Europe : l’épuisement européen ne s’applique pas.
  • Les vendeurs qui ne peuvent pas prouver l’origine de leurs clés.

Et Microsoft ?

Microsoft encadre la revente dans ses contrats de licence et la conteste devant les tribunaux, où il a perdu au Royaume-Uni en 2025 et 2026. Techniquement, Microsoft peut aussi bloquer une clé à l’activation (erreurs 0xC004C003 ou 0xC004C008). Une licence revendue légalement peut donc être refusée si sa clé a été utilisée ailleurs : c’est pourquoi la garantie d’activation du vendeur compte autant que le droit.

Particulier ou entreprise : ce qui change

ParticulierEntreprise
Ce qui compte d’abordUne clé qui s’active, une facture, un vendeur joignablePouvoir justifier chaque licence en cas de contrôle
Ce qu’il faut garderLa facture et l’e-mail de livraisonLa facture, l’e-mail de livraison, le poste sur lequel la clé est installée, et les documents de provenance fournis par le vendeur
Pour aller plus loinVérifier une cléLicence Office pour une entreprise

Comment vérifier avant d’acheter

  1. Identifiez le vendeur

    Raison sociale, SIRET, adresse et mentions légales complètes. Voici les nôtres.

  2. Exigez une facture

    Avec TVA, au nom de votre société si besoin. Conservez-la : elle prouve votre droit d’usage.

  3. Vérifiez l’activation

    Après saisie de la clé, contrôlez l’état dans Paramètres, Système, Activation. Guide de vérification.

Notre position

Licenciel vend des licences perpétuelles Microsoft d’occasion issues de la revente européenne, avec une facture pour chaque lot, et des licences ESET neuves. Une entreprise qui doit pouvoir justifier la provenance de chaque licence peut nous demander, avant la commande, ce que nous fournissons pour son dossier. Cette page est une information générale et non un avis juridique ; pour une situation particulière, consultez un juriste. Provenance des licences.

Questions fréquentes

La revente de licences d’occasion est-elle légale en France ?
Oui, pour les licences perpétuelles, selon l’arrêt UsedSoft de la Cour de justice de l’Union européenne (C-128/11), sous les conditions décrites ci-dessus.
Peut-on revendre une licence Microsoft 365 ?
Non. C’est un abonnement, donc un droit d’usage limité dans le temps : l’arrêt UsedSoft ne s’applique pas.
Que dois-je conserver après l’achat ?
La facture et l’e-mail de livraison de la clé. Ils prouvent l’origine et la date de votre acquisition.
Une licence achetée aux États-Unis peut-elle être revendue en France ?
Pas sur le fondement de l’arrêt UsedSoft : l’épuisement européen suppose une première vente dans l’Union européenne ou l’Espace économique européen.
Peut-on revendre une partie d’une licence en volume ?
La Cour de justice exclut de scinder une licence client-serveur. La justice allemande et britannique admet la revente séparée de licences en volume si le nombre total d’utilisations n’augmente pas, mais ces décisions ne s’imposent pas en France.
Microsoft peut-il bloquer une licence d’occasion ?
Microsoft peut refuser une clé à l’activation, par exemple si elle a déjà été utilisée ailleurs. Exigez une garantie d’activation écrite : remplacement ou remboursement.
Une clé générique trouvée sur Internet est-elle une licence ?
Non. Les clés génériques publiées par Microsoft servent à l’activation d’entreprise par un serveur KMS ; elles ne donnent aucun droit d’usage.
Une entreprise peut-elle acheter des licences d’occasion ?
Oui. Gardez pour chaque licence la facture, l’e-mail de livraison et le poste concerné, et demandez au vendeur ce qu’il peut fournir sur la provenance.

Pour aller plus loin

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Sources